HISTORIQUE DES FOUILLES

 

Le pays des habitants "aux têtes brûlées" n'était connu qu'à travers les récits d'auteurs grec, latin ou arabe, tels Hérodote, Diodore de Sicile.... Il faudra attendre le XIXème siècle pour découvrir, grâce à quelques explorateurs, la richesse insoupçonnée des trésors enfouis depuis des millénaires dans les terres de la Nubie tant égyptienne que soudanaise.

En 1819, les "Travels in Nubia" de l'intrépide suisse Johann Burckhardt révèlent les deux temples d'Abou Simbel.

En 1816, Frédéric Cailliaud, minéralogiste nantais est mandaté une première fois par le vice roi d'Égypte pour retrouver des mines de pierres précieuses, puis par le roi Louis XVIII afin d'explorer les terres soudanaises. Au cours de ces deux explorations, qui le conduiront jusqu'à la frontière éthiopienne, il découvre les carrières d'émeraude de Zabârah, localise les anciennes routes caravanières et répertorie sites, temples, pyramides...qui surgissaient soudainement devant lui. Son ouvrage "Voyage à Méroé", dans lequel figure la première carte de Nubie, reste encore une référence pour tout archéologue, inscriptions et illustrations étant les seuls témoignages de monuments aujourd'hui disparus.

Bracelet  figurant Mout Musée de Munich En effet, l'enthousiasme de ces pionniers ne fut pas sans conséquences regrettables. Douze ans plus tard, Giuseppe Ferlini, médecin de Bologne et chercheur de trésor découvre celui de la reine Amanishaketo à Méroé. Enflammé par sa découverte, il saccage les pyramides avoisinantes en les ouvrant par le haut, les rasant à jamais.



L'expédition allemande conduite par Karl Richard Lepsius en 1842 est sans aucun doute celle qui apporte le plus de données scientifiques. Dans son ouvrage de douze volumes "Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien", tous les monuments de la 2ème cataracte à Khartoum y sont répertoriés, analysés, décrits avec minutie.

C'est ensuite la guerre du Mahdi, le Soudan tombe dans l'oubli. Sous protectorat anglo-égyptien, les recherches reprennent et Francis Griffith découvre la translittération de l'écriture méroïtique, encore indéchiffrée.Ecriture méroïtique

Sous l'impulsion de Maspero et de Mariette, le monde occidental n'a ensuite d'yeux que pour l'Égypte et sa fascinante civilisation. Et il y avait urgence !

L'Américain Georges Reisner, chargé des fouilles de sauvetage sur les zones d'immersion, suite au premier barrage d'Assouan, définit une première classification des cultures nubiennes en 1907.

En 1939, le Service des Antiquités du Soudan est créé. Dès lors, des fouilles préhistoriques sont lancées. Les gisements abondent. Les chantiers se multiplient. Les découvertes affluent : fosses néolithiques, matériels funéraires, temples, villes de toute époque émergent des sables.

Philae sous les eauxNous sommes en 1960. Le projet de la "Grande Digue" jette la Nubie au devant de la scène internationale. Le monde s'émeut. Le sauvetage des temples est au centre de toute campagne archéologique. L'égyptologue Jean Vercoutter recense pas moins de 300 sites en territoire soudanais, aujourd'hui ennoyés.

 

La campagne de Nubie terminée, les missions étendent leur champ d'action le long du Nil soudanais et dans les déserts. Les Français, créent la Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan. Une nouvelle archéologie naît : l'Égypte n'est pas à chercher au Soudan, mais à comprendre au milieu de cultures bien spécifiques, datant de la préhistoire. Paléontologie s'allie à l'égyptologie, incluant la prise en compte des sciences humaines et des mouvements environnementaux.

Le Soudan accueille aujourd'hui environ une vingtaine de missions étrangères, chargées de revaloriser le patrimoine culturel du pays. "Le pays des têtes brûlées" offre plus de cinq millénaires d'histoire de notre patrimoine humanitaire, mais ce n'est que depuis seulement un peu plus d'un quart de siècle que l'archéologie soudanaise au côté de la "vénérable égyptologie" prend une part de plus en plus active....

"Il faut rappeler que le Soudan est un domaine neuf, mis en chantier seulement depuis la campagne de Nubie. Le Soudan est un domaine qui, d'un point de vue archéologique, est presque vierge..."  Jean Leclant

 

MES SOURCES

Voir aussi Jean LECLANT, l'homme des Ethiopiens

 

 

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